Étiqueté dès ses débuts comme « chef de file » d’une nouvelle vague britannique légèrement underground (confirmée par Trainspotting), Danny Boyle témoigne d’une esthétique filmique bien particulière. Slumdog n’y coupe pas : la mise en scène est survoltée, fiévreuse, hyperactive… en somme fidèle au label du cinéaste. On aura pu
y être réticent par le passé, les films de Danny Boyle se révélant généralement instables sur le plan scénaristique ainsi que visuellement éprouvants conformément à la débâcle constante
d’artifices visuels. Avec Slumdog Millionaire arrive le temps, non pas de la sagesse, mais de la
réconciliation. Le film est tout d’abord assez astucieux sur le plan scénaristique. Boyle joue d’un système ternaire faisant se succéder trois différents modes de narration : l’émission de
télévision, le clip musical et le conte. Le rythme, ponctué d’apparitions de personnages bien typés, s’apparente ainsi à la littérature enfantine anglaise dont les plus brillants exemples se
trouvent chez Lewis Caroll et Charles Dickens. Il va sans dire que l’ombre d’Oliver Twist plane sur l’incroyable destin de Jamal Malik.
Quant à la fièvre qui anime les images, elle passe plutôt bien dans cet univers indien où l’exotisme et les couleurs ne demandent qu’à éclater. Sans être doté d’un regard purement documentaire, Danny Boyle regarde où il met ses pieds et s’imprègne de la culture locale de façon à ne pas tomber dans le cliché, d’où ce regard très particulier et assez impudique posé sur les bidonvilles de Mumbai. La narration y gagne fortement en véracité. L’aventure est moderne et traditionnelle à la fois (quand « Qui veut gagner des millions » se frotte aux « Trois mousquetaires »), de manière à être universelle et intemporelle. Au terminus de l’aventure, la morale (convenue cela va sans dire) éclate au grand jour : la quête de l’argent est vaine, l’homme doit s’en retourner à des valeurs plus saines, et à l’amour tout particulièrement. Nul doute que l’humanisme à la Capra dont fait preuve Danny Boyle saura toucher les petits, friands d’aventure, autant que les grands, mendiants d’évasion. Ah ça oui, en ce temps de crise, un film tel que Slumdog est tout à fait bienvenu.
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