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Dimanche 1 février 2009

"So Jamal, tell me something about yourself." (Dev Patel & Anil Kapoor)
  
  
À y regarder de plus près, la filmographie de Danny Boyle se révèle tout à fait singulière. Bien qu’indirectement, il s’inscrivait dès Petits meurtres entre amis (1994) dans la tradition sociale du cinéma britannique en amenant l’argent comme l’un de ses sujets fétiches. Abordé à nouveau dans des longs-métrages plus récents bien que toujours de nationalité anglaise (Millions), le thème fut un moment mit entre parenthèses, le temps pour Boyle de s’essayer avec plus ou moins de succès aux blockbusters et autres films de genre (28 jours plus tard, Sunshine). Coïncidence, Slumdog Millionaire qui marque le retour de Boyle à son thème fétiche, sort en salles alors que le monde est frappé par une violente crise économique. Une fable indienne portée par un cinéaste britannique et dont la morale s’inscrit dans une pure tradition hollywoodienne. On ne s’étonne guère qu’il ait raflé quatre Golden Globes et soit à ce jour favori pour les Oscar. L’histoire, adaptée du roman de Vikas Swarup, conte les mésaventures de Jamal Malik, jeune indien issu des bidonvilles devenu millionnaire grâce à l’émission de télévision « Qui veut gagner des millions ? ». Compte tenu de ses origines, Jamal est suspecté d’avoir triché et conduit en garde à vue. L’occasion de revenir sur sa victoire et de comprendre l’origine de son savoir.

Étiqueté dès ses débuts comme « chef de file » d’une nouvelle vague britannique légèrement underground (confirmée par Trainspotting), Danny Boyle témoigne d’une esthétique filmique bien particulière. Slumdog n’y coupe pas : la mise en scène est survoltée, fiévreuse, hyperactive… en somme fidèle au label du cinéaste. On aura pu y être réticent par le passé, les films de Danny Boyle se révélant généralement instables sur le plan scénaristique ainsi que visuellement éprouvants conformément à la débâcle constante d’artifices visuels. Avec Slumdog Millionaire arrive le temps, non pas de la sagesse, mais de la réconciliation. Le film est tout d’abord assez astucieux sur le plan scénaristique. Boyle joue d’un système ternaire faisant se succéder trois différents modes de narration : l’émission de télévision, le clip musical et le conte. Le rythme, ponctué d’apparitions de personnages bien typés, s’apparente ainsi à la littérature enfantine anglaise dont les plus brillants exemples se trouvent chez Lewis Caroll et Charles Dickens. Il va sans dire que l’ombre d’Oliver Twist plane sur l’incroyable destin de Jamal Malik.
 

Quant à la fièvre qui anime les images, elle passe plutôt bien dans cet univers indien où l’exotisme et les couleurs ne demandent qu’à éclater. Sans être doté d’un regard purement documentaire, Danny Boyle regarde où il met ses pieds et s’imprègne de la culture locale de façon à ne pas tomber dans le cliché, d’où ce regard très particulier et assez impudique posé sur les bidonvilles de Mumbai. La narration y gagne fortement en véracité. L’aventure est moderne et traditionnelle à la fois (quand « Qui veut gagner des millions » se frotte aux « Trois mousquetaires »), de manière à être universelle et intemporelle. Au terminus de l’aventure, la morale (convenue cela va sans dire) éclate au grand jour : la quête de l’argent est vaine, l’homme doit s’en retourner à des valeurs plus saines, et à l’amour tout particulièrement. Nul doute que l’humanisme à la Capra dont fait preuve Danny Boyle saura toucher les petits, friands d’aventure, autant que les grands, mendiants d’évasion. Ah ça oui, en ce temps de crise, un film tel que Slumdog est tout à fait bienvenu.

Par twain81
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Jeudi 29 janvier 2009


Promenons nous dans les bois (Kristen Stewart & Robert Pattinson)
  

On aurait pu penser que la déferlante ne franchirait pas l’Atlantique. Et bien non, le phénomène Twilight se sera bien répandu partout à travers le monde et notamment en France où nombre de jeunes filles remplissent encore et toujours les salles obscures. Le film est adapté du best seller de Stephenie Meyer, quasi absent des librairies nationales mais ô combien plébiscité aux Etats-Unis. Par conséquent, son arrivée au cinéma a des airs de produit dérivé, qui-plus-est destiné à une tranche d’âge bien définie : les ados. Au menu, une histoire d’amour entre une jeune mortelle et un vampire au cœur des forêts humides du nord-ouest américain.
 

Dans la catégorie « films pour ados », Hollywood aura produit bien pire que ce Twilight ma foi défendable sur bien des points. Le ton ne trompera personne, le film évitant de tomber dans le sérieux pour préférer s’en tenir au flottement général : ambiance Amérique profonde, légendes à tout va, absence totale de sexe, le tout saupoudré d’un manichéisme gonflé. En soit les ingrédients parfaits pour séduire un jeune public féminin. Rajoutez à cela un jeune premier belle gueule (en l’occurrence Robert Pattinson) et vous n’avez plus qu’à lâchez les lionnes. Ceci étant dit, le film ne vaudrait pas grand chose s’il s’en tenait à ces artifices.
 

Or, si Twilight tient la route, c’est bien grâce à sa mise en scène. Catherine Hardwicke (qu’on avait découvert avec Thirteen et Les Seigneurs de Dogtown) impose un style bien à elle auquel participent entre autres des effets de caméra portée et une certaine économie de montage. Le film s’écarte ainsi d’un certain classicisme qui aurait certainement desservit le sujet. Certaines scènes clés (telle la révélation de la nature du héros) y gagnent en crédibilité et échappent par la même occasion à la moquerie qui, avouons-le, reste latente. Ceci dit, tout est conditionné pour susciter l'empathie et l'identification, la réalisatrice sublimant en permanence ses personnages en déclinant cet effet de « fascination » qu’annonçait le titre. Ajoutez à cela une photo bien typée, une belle musique et un peu d’humour : bingo, la sauce prend. Malgré son cahier des charges, Hardwicke parvient ainsi à mener son projet à terme. On déplorera cependant l’absence de véritable fin, conséquence directe du parti pris « saga ». Déception d’autant plus grande que la réalisatrice ne sera pas aux commandes du prochain volet. Par conséquent, le mystère reste entier : Twilight peut tout aussi bien retomber sur ses pattes ou se retrouver les quatre fers en l’air. Je demande à voir.

 
Par twain81
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Dimanche 25 janvier 2009

Un couple mythique transposé en banlieue (Kate Winslet & Leonardo DiCaprio)
   
 

Rares sont les jeunes cinéastes américains qui, comme Sam Mendes, sont portées aux nues dès leur premier film. En 1999, American Beauty remporta un vif succès, raflant notamment l’oscar du meilleur film ainsi que celui du meilleur réalisateur.  Dix ans plus tard, Mendes revient dans la banlieue américaine et prend la courageuse décision d’y faire évoluer un couple désormais mythique : Leonardo DiCaprio et Kate Winslet. A l’aube des années 50, l’heure de leur rencontre. Ils sont jeunes et plein de rêves d’avenir. Elle veut être actrice, lui faire le tour du monde. Rien ne leur fait peur. Mais voilà leur premier enfant qui s’annonce et les époux Wheeler qui s’apprêtent à sagement se poser en banlieue…
 

Les artistes aiment changer régulièrement de cap, insufflant à leur œuvre nombre de périodes qu’on se plait à comptabiliser et à comparer en fin de parcours. Les Noces rebelles (ou Revolutionary Road, le titre américain se révélant bien plus élégant) marque le début d’une nouvelle période en ce qui concerne Sam Mendes. Pas question ici d’envolées oniriques comme on pouvait en trouver dans American Beauty. La banlieue est dès le début exploitée comme le parking des grandes illusions. Cinq minutes de film et nos deux amants sont déjà rangés. Fin de l’histoire. Le reste n’est que frustration, regret de ce qui aurait pu arriver, illusions perdues de  jeunesse. Revolutionary Road n’est rien de moins qu’un drame sur un couple soumis à la raison. Jusque là, Sam Mendes avançait dans l’action. American Beauty, de même que Les Sentiers de la perdition ou Jarhead fonctionnaient conformément à ce qui se fait depuis toujours à Hollywood, soit sur des enchaînements de situations. Sonne l’heure de la maturité pour le cinéaste, ce qui revient à enfiler des gants et à opérer une dissection à vif sur des personnages relativement inamovibles. La réussite n’en sera que partielle, Mendes tombant trop souvent dans la psychologie, nous rappelant que le drame et plus encore le mélodrame, nécessitent un sens de la narration beaucoup plus pointu.
 

Reste les acteurs, juste parfaits. Excepté les dernières minutes du film, assez riches en idées de mise en scène, c’est surtout l’interprétation qui sera source d’émotion brute. Les rescapés du Titanic ont mûris eux aussi. Chez James Cameron, on se contentait de leur gueule d’ange. Aujourd’hui, ô combien l’un et l’autre ont gagné en expressivité. L’alchimie du couple est palpable, et devient ainsi la qualité majeure du film. Les conflits qui éclatent entre les époux Wheeler sont impressionnants  de violence. Par sa mise en scène, Mendes épouse volontiers le point de vue de la femme, privilégiant son désir d’aventure et l’accompagnant dans ses actes de bravoure comme de détresse. Alors, tant qu’à reparler de la banlieue, Mendes en trace un portrait encore plus noir que pour American Beauty, et ce malgré la trompeuse luminosité ambiante. Ainsi, même si Revolutionary Road n’est pas une réussite à tous points de vue, on se réjouit que son réalisateur y ait trouvé un nouveau souffle.

Par twain81
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Vendredi 9 janvier 2009
   
Isabelle Huppert, en parfaite héroïne durasienne...


Un barrage contre le Pacifique prouve encore une fois que le fossé est immense entre ces deux mondes que sont le documentaire et la fiction. Rithy Panh, réalisateur cambodgien, passe de l’un à l’autre. A l’origine documentariste ayant dénoncé fermement les traumatismes de son pays, il se consacre ici au roman qui fit connaître Marguerite Duras. L’action se déroule en 1931, en Indochine française et plus exactement dans le golfe du Siam. Une mère de famille, interprétée par Isabelle Huppert, a investi dans une terre régulièrement inondée et par conséquent incultivable. Avec l’aide des paysans du village, elle tentera de construire un barrage contre le Pacifique. Les problèmes de famille ne sont pas en reste, son fils comme sa fille n’ayant pour ambition que de plier bagages…

Filmer le réel et le reconstituer sont deux choses bien distinctes et Rithy Panh n’était manifestement pas prédestiné à la deuxième option. Un barrage contre le Pacifique n’est pas un film détestable en soi, mais il est néanmoins suffisamment commun pour être rapidement oublié.  Panh semble délaisser tout imbroglio politique pour se concentrer sur sa famille française. Le film devient alors un mélodrame, pas mauvais en soi, mais qui délaisse quelque peu un thème majeur, à savoir le profit de l’administration coloniale face au peuple uni dans sa volonté de faire barrage humain. Mais non, Panh persiste à éviter tout conflit majeur et se contente de tirer quelques coups de fusils en l’air voire au maximum de planter une tête sur un piquet. Côté mise en scène, on l’a connu plus inspiré tant le film ne fait preuve pour ainsi dire d’aucune idée (quant à Huppert parlant toute seule pour laisser entrevoir l’étendue de sa tourmente, on y croit moyen). En guise de consolation, on a droit à un détestable chinois (Randal Douc) faisant sa cour à la fille d’Huppert (Astrid Berges-Frisby). Romance qui se terminera en baffe après caressage de jambes dans une bagnole. Alors il reste comme toujours l’interprétation d’Huppert, toujours bonne quoique vampirisant quelque peu ses compagnons de route (Gaspard Ulliel notamment, relégué pour le coup au rôle de potiche bourru mais belle gueule). Heureusement il y a les paysages d’Indochine, très bien filmés malgré tout et systématiquement en accord avec la profondeur durasienne que Panh a voulu conférer à ses personnages (Huppert, en tête, encore).  Cela dit, quitte à contempler un excellent film sur l’Indochine, mieux vaut s’en retourner, encore et toujours, vers Pierre Schoendoerffer et sa 417ème section


Par twain81
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Vendredi 9 janvier 2009

Sans perdre de temps, et avant d’aborder les premiers films du mois de janvier, voici mon top 15 pour l’année 2008…


1- NO COUNTRY FOR OLD MEN (Joel & Ethan Coen) 
Un film à la fois intelligent et divertissant, métaphorique et théorique, contemplatif et dynamique. Le meilleur film des frères Coen à ce jour. Et meilleur film de l'année 2008 par la même occasion.
  
    
  
2- TWO LOVERS (James Gray) 
Une histoire vieille comme le monde : un homme doit choisir entre deux femmes, la blonde et la brune. Two Lovers est la preuve même que le qualificatif "classique" ne signifie plus grand chose aujourd'hui. Car le film, s'il est classique, n'en est pas moins brillant. James Gray pourrait être le chef de file de la nouvelle génération de cinéastes qui se met en place aux Etats-Unis. Vite, la suite.
 
3- SWEENEY TODD (Tim Burton) 
Tim Burton revient à ses premières amours : les films d'horreur des années 30. Subtil mariage entre terreur et lyrisme sur lequel vient se greffer la merveilleuse partition de Stephen Sondheim. A l'arrivée, une oeuvre bouleversante. Burton est décidément un grand.
  
  
   
4- ENTRE LES MURS (Laurent Cantet) 
Belle expérience soldée d'une palme d'or. A la fois grave, drôle, vrai, racoleur, Entre les murs réjouit. La preuve même que le cinéma français prend conscience de son temps et arrive encore à se renouveller dans la forme. Merci Cantet.
 

5- L'ECHANGE (Clint Eastwood) 
Non, ce n'est pas une déception, loin de là. Le grand Clint est en pleine forme, et L'Echange en témoigne en portant à l'écran un scénario extrêmement audacieux, mélange de genres divers ayant fait la gloire du cinéma hollywoodien de tous temps. Angelina Jolie transplantée dans les années 30, moi j'y crois et je dis "bravo" !

  
   
6- L'HEURE D'ETE (Olivier Assayas) 
En France, les affaires de famille et l'art sont deux thèmes traités régulièrement et qui ont pour le coup tendance à faire "cliché". Mais avec Olivier Assayas, l'entreprise prend une dimension toute particulière. C'est L'Heure d'été, c'est beau, sensible, empreint de nostalgie et extrêmement bien joué.
 
7- UN CONTE DE NOËL (Arnaud Desplechin) 
Les affaires de famille par Desplechin, c'est différent mais tout aussi intéressant. A ce jour, Un conte de Noël est certainement son film le plus abouti. L'éclatement du montage, du scénario de même que l'abandon des codes réalistes propres à la narration surprennent toujours autant, sans oublier la force des personnages, tous d'une profondeur infinie. Un chef d'oeuvre, au moins. 
  
  
  
8- DIARY OF THE DEAD (George A. Romero) 
Parce que Romero est seul à faire des films de zombies qui fonctionnent.

9- WALL-E (Andrew Stanton) 
Parce que Pixar est seul à faire des films d'animation qui innovent.
  
    
  
10- LES PLAGES D'AGNES (Agnès Varda) 
L'un des films les plus émouvants de l'année. Une oeuvre d'une humilité éblouissante... à en pleurer.

11- A BORD DU DARJEELING LIMITED (Wes Anderson) 
Drôle, exotique, délicieusement décalé.

    
   
12- LE VOYAGE DU BALLON ROUGE (Hou Hsiao-Hsien) 
Ou comment regonfler Paris en poésie, avec en bonus l'exotisme curieusement exacerbé de maître Hou.

13- CLOVERFIELD (Matt Reeves) 
Un OVNI déroutant qui utilise de façon tout à fait novatrice les effets spéciaux. Du très très bon spectacle.

  
   
14- AUSTRALIA (Baz Luhrman) 
Pour l'audace.

15- THE DARK KNIGHT (Christopher Nolan)
Pour ce personnage à la fois terrible et fascinant qu'est le Joker...
  
Et comme si quinze films ne suffisaient pas, je tiens également à saluer l'espièglerie tout à fait réjouissante des frères Wachowski sur leur Speed Racer, la caméra particulièrement intelligente du Redacted de Brian de Palma, la merveilleuse interprétation de Yolande Moreau dans Séraphine de Martin Provost, de même que celle de Daniel Day-Lewis dans There will be blood de Paul Thomas Anderson, et enfin le merveilleux regard de Raymond Depardon porté sur les paysans de La Vie Moderne.

Sur ce, place à 2009 ! 


Par twain81
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